Révolte de Matale, une révolte anticoloniale nouvelle

 

 

En 1795, la république Batave, état fantoche crée par Napoléon à la place des Provinces-Unies, perd le contrôle des côtes du Ceylan au profit de l’Angleterre.

En 1815, le Royaume de Kandy, au centre de l’île, est détruit par les Britanniques qui ont profité de dissensions internes. Aussi, la totalité du Sri Lanka est dès lors entre les mains de la Compagnie britannique des Indes orientales. La colonisation du Sri Lanka s’amorce et transforme radicalement les structures sociales et économiques de l’île.

 

La colonisation bouleverse la société sri-lankaise

L’introduction de taxes oblige les paysans à entrer dans une économie monétaire. Ces taxes sont imposées sur certains produits, alors que d’autres, destinés au commerce, sont épargnés (café, opium, soie). Les cultures à forte valeur ajoutée s’étendent, avec l’augmentation soudaine du prix des terres, qui profite à ceux qui ont le capital suffisant pour les acheter, c’est-à-dire les élites britanniques ou locales. Les paysans locaux, qui ne peuvent pas payer leurs taxes, sont expropriés. Les terres destinées à la culture du riz et de la coco, cultures essentielles à l’alimentation des populations sri lankaises, réduisent massivement face aux cultures commerciales et de traite. Une grande partie de la population, qui parvenait à subvenir à ses besoins auparavant, se retrouve alors sans ressource. Beaucoup finissent par devoir travailler pour les projets coloniaux, un travail quasiment servile. S’ajoute aussi le fait que la récolte des taxes est progressivement confiée en fermage à des élites locales, rémunérées au pourcentage, ce qui les encouragent à augmenter les sommes que les populations doivent leur payer.

En 1840, une loi (Crown Lands Encroachment Ordinance) affirme qu’appartiennent à la Couronne toutes les terres dont on ne peut fournir la preuve de leur possession par un document. Dans une société de droit coutumier et non écrit, beaucoup des paysans sont alors dépossédés de leurs terres. Le mouvement de colonisation s’intensifie dans tous les empires alors que la conquête du monde par les Européens connaît un regain en ce début de XIXe. C’est notamment le cas pour la France en Algérie.

 

Et de nouvelles formes de révolte émergent

En 1848, le 1er juillet, une nouvelle loi lève d’autres taxes, dont une redevance obligatoire pour échapper aux travaux forcés. Le 6 juillet, une manifestation est lancée dans les rues de l’ancienne capitale Kandy. Elle est menée par Gongalegoda Banda, un ancien policier. Vingt jours plus tard, il est couronné roi, son frère Dinas Banda, et désigné vice-roi et Puren Appu devient son porte-sabre (premier ministre).

Le 28 juillet, les insurgés se retrouvent à Matale. Ils prennent le secrétariat du District et brûlent les registres d’impôts. Une autre attaque avance en même temps vers l’ouest contre des plantations de cafés. L’insurrection compte plusieurs milliers de personnes. Le lendemain, Lord Torringtion, administrateur du Ceylan, déclare la loi martiale. Les troupes répondent par une extrême violence, de sorte que la répression fait scandale par la suite en Europe. Beaucoup d’insurgés sont exécutés sans procès. Appu est arrêté le 8 août puis brûlé vif le mois suivant. Gongalegoda est capturé en septembre puis exilé à Malacca, en Indonésie, où il meurt en 1849.

La particularité de cette révolte c’est qu’elle ne tient pas à une réponse féodale, traditionnelle contre la colonisation. Les meneurs de cette rébellion, reconnus par le peuple, sont eux-mêmes issus des populations qui subissent la politique coloniale britannique. La plupart des élites traditionnelles, elles, participent au processus colonial.

 

Chefs kandyens autour d’un administrateur colonial britannique, Sri Lanka, photographie/publication Charles T. Scowen and Co., années 1870.

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2018-09-18T10:20:21+02:00