De la révolution sociale au Bonapartisme

 

 

Lorsque la révolution éclate à Paris en février 1848, plusieurs mouvements révolutionnaires ont déjà précédé le mouvement parisien, comme en Pologne en 1846 ou en Italie et en Suisse en 1847.

 

La Révolution de Février

L’interdiction par le pouvoir d’un banquet réformiste, forme de réunion politique informelle, provoque une manifestation. La troupe, dans la confusion, déclenche une fusillade qui fait une cinquantaine de morts. La foule prend les corps et les fait circuler dans toute la ville la nuit à la lueur des torches, c’est la Ballade des Cadavres. Les barricades se dressent et en trois jours la Révolution de Février pousse le premier ministre Guizot à la démission, le roi à l’abdication. C’est la fin de la monarchie de Juillet. Libéraux et ouvriers ensemble proclament la République. L’espoir d’une république sociale marque les esprits.

La chute si soudaine de la Monarchie de Juillet a un retentissement mondial, lançant des mouvements de contestation en Europe (relance le Chartisme en Angleterre, enclenche d’autres révolutions), mais aussi en Amérique, comme aux Antilles et au Brésil.

 

Le République sociale ?

Des mesures sociales sont prises pour endiguer la misère et le chômage qui touchent les classes ouvrières. Le suffrage dit “universel” (les femmes en sont exclues) est instauré et des élections sont organisées en avril. Le peuple français n’est pas encore prêt politiquement, peu de personnes savent encore lire. Beaucoup suivent les conseils des notables. Une majorité de “républicains du lendemain” (monarchistes d’hier et bonapartistes) et de républicains modérés est élue à l’assemblée. Les républicains démocrates-socialistes et les socialistes sont minoritaires.

A partir de mai, le gouvernement provisoire est remplacé par la Commission exécutive, de laquelle les républicains progressistes sont évincés. Elle refuse de mettre en place une politique sociale pourtant promise. Une manifestation de soutien aux insurgés polonais, écrasés par les Prussiens, est organisée le 15 mai. Elle dégénère et la Commission exécutive en profite pour évincer les derniers républicains : le mouvement progressiste est décapité, une partie des républicains ne participent plus à la politique de la République.

Le 21 juin, les conservateurs, maintenant seuls maître du pouvoir exécutif, décide la fermeture des Ateliers nationaux. Cette structure avait été créée aux lendemains de la Révolution de Février pour donner du travail aux chômeurs parisiens. Symbole de la volonté sociale de la République, leur fermeture agit comme un déclencheur sur la population ouvrière. Les barricades sont à nouveau dressées : ce sont les Journées de Juin, qui durent du 22 au 26 juin. La Commission exécutive fait alors appel à l’armée et confie les pleins pouvoirs au général Cavaignac. Paris est le théâtre de massacres sanglants : plusieurs milliers de personnes meurent, les prisonniers sont entassés dans des conditions abominables. Certains sont déportés en Algérie.

 

Le retour de “l’Ordre”

Progressivement, les mesures misent en place dans les premiers mois de 1848 sont annulées, les clubs sont interdits, les journaux d’opposition muselés. On organise la première élection présidentielle de l’histoire de France, au suffrage dit “universel”. Plusieurs candidats se présentent : Cavaignac, Lamartine, Raspail, Ledru-Rollin et Louis Napoléon Bonaparte. Ce dernier bénéficie de son nom et de son absence d’implication dans les événements de l’année. Aussi, les discours des socialistes et des républicains progressistes ont été dévalués par leur incapacité politique à agir dans une République où ils n’avaient pas la main. Il est élu à plus de 76% des suffrages le 11 décembre 1848.

 

Les ateliers nationaux au Champ-de-Mars, estampe, auteur anonyme, 1848, Bibliothèque nationale de France, © Photo RMN-Grand Palais – Bulloz

 

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2018-09-17T15:58:59+02:00